Hugo Bujon, Lehman College-CUNY
La guerre et l’armée ont occupé une place centrale dans l’histoire de la France en tant que nation, république et empire. C’est en grande partie par la guerre que la France est devenue par deux fois un empire mondial, et à cause d’elle qu’elle a, par deux fois, perdu cet empire.[1] C’est aussi en grande partie par la guerre que la France est devenue une république et une nation lors de la Révolution française et des guerres napoléoniennes. Par la suite, la guerre franco-prussienne ainsi que les deux guerres mondiales ont forcé une réinvention de ce que voulait dire « La France ». La France a fait et continue toujours de faire la guerre, que cela soit au nom d’un droit de conquête, d’un devoir civilisateur, d’impératifs de défense ou d’idéaux humanitaires.[2] Ces guerres ont été si intégrales à l’histoire de la nation française que celle-ci s’est parfois même définie, et continue de se définir, d’abord et avant tout en tant que force militaire.[3]

Cette relation entre nation, empire, guerre et république dans la construction de la France est telle que celle-ci est l’un des rares pays au monde où l’on puisse devenir citoyen par le biais de l’armée. Le premier empire déployait déjà des soldats étrangers ou natifs de territoires colonisés, promettant gloire, richesse et/ou intégration. Ces promesses ne furent pas toujours tenues, loin de là, mais elles créèrent un précèdent.[4]Le dix-neuvième siècle vit la création de la Légion étrangère, un corps d’armée composé d’étrangers qui reçoivent la nationalité française après avoir combattu pour la France pendant un temps donné.[5] Parallèlement, le second empire créa des corps d’armées coloniaux composés de soldats colonisés (enrôlés volontairement ou de force), pratique continuée jusqu’à la fin du second empire colonial. Pendant cette période, la France n’hésita pas à piocher parmi ces soldats lorsqu’elle eut besoin d’agents natifs pour la gestion de son empire, allant parfois jusqu’à les faire passer du statut de « sujet français » — statut inférieur et limitatif auxquels étaient soumis la quasi-totalité des populations racisées des colonies françaises — à celui de « citoyen français » en bonne et due forme.[6]
Quand des films francophones abordent cette relation entre nation, république, empire et guerre dans un cadre français, ceux-ci se concentrent principalement sur l’acte de guerre et cela pendant la période coloniale, narrant cette relation à partir de ses épisodes sanglants, troublés par la situation coloniale. On peut penser à Indigènes (2006) de Rachid Bouchareb ou encore à Tirailleurs (2022) de Mathieu Vadepied, parmi d’autres.


Ces films montrent des soldats coloniaux natifs faisant la guerre pour la France, blessés, amputés, tués pour la France. Les protagonistes de ces films doivent souvent confronter les paradoxes de leur situation et le caractère ambigu, voire aporétique, des promesses faites par la France à leur égard. Mais ce cadre narratif, où la survie est de premier ordre, a pour effet de mettre en arrière-plan le fonctionnement même de l’institution militaire tout en continuant à placer l’époque des indépendances comme frontière historique infranchie (hors brefs épilogues comme c’est le cas dans Indigènes). Qui plus est, les personnages principaux de ces films sont des « sujets » en termes légaux et l’engagement dans la guerre passe explicitement par l’espoir de la naturalisation, c’est-à-dire l’obtention du statut de citoyen français.
Pour la France (2023), écrit et réalisé par Rachid Hami d’après sa propre histoire familiale, se différencie des films qui le précèdent en se déplaçant justement dans l’époque contemporaine. Le film se focalise sur une famille originaire d’Algérie et naturalisée, les Saïdi, et illumine spécifiquement le fonctionnement — l’infrastructure et les lois — de l’institution militaire. Le fils exemplaire, Aïssa, vient d’entrer à Saint-Cyr, l’école spéciale des officiers de l’armée française. Durant une séance de bizutage, Aïssa meurt prématurément. Les Saïdi entendent que le défunt soit enterré avec les honneurs militaires qui lui sont dus, mais pour cela, il faut que justice — justice pénale et funéraire — soit faite. Les Saïdi réclament alors qu’une enquête sérieuse soit menée sur la mort d’Aïssa exigeant le plein respect de leur statut de citoyens français, et des devoirs de l’armée et du gouvernement français vis-à-vis de leur famille. Cependant, les généraux de l’état-major en charge du dossier font tout ce qui est en leur pouvoir pour dérailler l’enquête et faire enterrer Aïssa comme un civil. Ainsi, plutôt que la guerre, la colonisation et la différence entre statuts légaux, Pour la France explore les limites et apories que rencontrent les migrants venus des anciennes colonies en France après avoir obtenu la citoyenneté française, et cela dans une institution qui demeure une promesse d’intégration nationale : l’armée. Cependant, le filmconsacre la majeure partie de son intrigue aux souvenirs personnels et à l’univers affectif des Saïdi, dans une mise en scène et un montage qui se concentrent sur le familial et l’individuel. Ces choix cinématographiques et scénaristiques troublent une réelle remise en question de l’armée, de son histoire et de sa structure, qui sont pourtant intégrales à la tragédie que le film raconte. En d’autres termes, je montrerai que le film fait écran sur les effets cumulés des siècles d’histoire qui conditionnent son récit, ainsi que sur les dynamiques politiques, légales et sociétales qui prennent au piège tous les personnages.
Pour la France s’ouvre sur des soldats la nuit chantant « Commandos d’Afrique, » chant d’unité de la France libre en Afrique durant la Seconde guerre mondiale. On ordonne aux soldats de courir, puis de nager dans une mare d’eau glacée. Un soldat crie qu’il ne sent plus son corps. Il commence à se noyer. Le film coupe sur un homme travaillant dans une boulangerie. On apprend qu’il s’appelle Ismaël Saïdi (Karim Leklou), que le soldat noyé est son frère Aïssa (Shaïn Boumedine), et que la scène d’ouverture n’était pas une bataille mais un acte de bizutage à Saint-Cyr. Les Saïdi se rendent à l’école pour voir le corps d’Aïssa. Brisés, ils trouvent une oreille dévouée en le Général Caïllard (Laurent Lafitte), le directeur de Saint-Cyr. Cette bienveillance n’est pas partagée par les généraux de l’état-major. Ces derniers entendent s’assurer que la mort d’Aïssa ne soit rien de plus qu’un accident fatal sans coupable, le privant de la plupart des honneurs militaires et absolvant l’armée et le gouvernement français de toute responsabilité. Pour ce faire, ils feront offres après offres aux Saïdi — offres dont l’effet serait toujours de clore le dossier d’Aïssa, notamment en l’enterrant dans un cimetière civil.

Ces offres sont toutes rejetées avec véhémence par Ismaël et sa mère, Nadia (Lubna Azabal). Pour eux, faire le deuil d’Aïssa implique que celui-ci soit enterré selon ses désirs, c’est-à-dire en tant qu’officier français reconnu comme intégralement et exemplairement français. Pour qu’un tel enterrement ait lieu, l’armée française et par extension la nation doivent reconnaître leur faute vis-à-vis d’Aïssa et s’assurer que justice soit rendue ; il s’agit de découvrir, poursuivre en justice et condamner le(s) coupable(s) du meurtre involontaire d’Aïssa. En refusant les offres de l’état-major, les Saïdi tentent de maintenir la possibilité d’une telle justice et de dicter les termes de leur deuil. Leur refus, cependant, empêche la clôture du dossier, rendant également ce même deuil impossible. Pendant ce temps, Aïssa demeure entre deux mondes : il n’est ni civil ni militaire, ni vivant ni enterré. Symbole de cette situation, le corps d’Aïssa se décompose lentement dans une chambre mortuaire, sa peau verdissant chaque jour un peu plus.

Le film n’explore pas pourquoi l’état-major refuse si obstinément et/ou est incapable de rendre honneurs et justice. Plutôt que questionnements ou analyses socio-politico-historiques, le film peint l’impossible deuil des Saïdi, en explorant qui était Aïssa et la relation entre celui-ci et son frère. La focale est principalement sur Ismaël, l’aîné de la famille, et suit deux séries d’analepses interpolées dans la narration principale de la lutte entre les Saïdi et l’état-major. La première série raconte comment les Saïdi fuient l’Algérie durant la décennie noire (1992-2002).[7] Le père, Adil (Samir Guesmi), officier de l’Armée algérienne, souhaite rester en Algérie ; Nadia souhaite fuir en France par peur pour leurs fils. Cette tension se répercute sur les deux fils, Adil essayant d’enlever Aïssa contre son gré alors qu’Ismaël et Nadia tentent de l’en empêcher. Finalement, Nadia part avec ses deux fils, laissant Adil en Algérie. La seconde série d’analepses se déroule deux ans avant la mort d’Aïssa. Ismaël est maintenant adulte, mais il a pris un mauvais chemin, ce qui lui vaut le mépris de sa mère. Il va rendre visite à Aïssa, fils et étudiant model, poursuivant un master à Taïwan. C’est durant cette visite qu’Aïssa déclare son désir de suivre la carrière militaire de son père mais pour sa patrie de migration, la France. Peu après, Ismaël se rend compte avoir failli en tant que fils, et révèle à Aïssa que leur père, loin d’être exemplaire, est lui aussi parti, mais en Espagne, où il s’est remarié.
Ainsi, Pour la France se préoccupe avant tout de l’aspect affectif, personnel et familial sans nécessairement insister sur les éléments socio-politico-historiques qui conditionnent la vie et la mort des protagonistes. Les tensions internes et entre personnages sont rendues visibles à travers flashbacks, dialogues, et plans rapprochés sur des visages muets — surtout celui d’Ismaël — mais elles ne s’offrent jamais à une analyse. Il n’y a aucun pourquoi, voire même presque aucun comment, seulement des personnages, isolés dans leur individualité et leur famille, ne parvenant qu’à dire leur peine et leur refus. Le Général Caïllard, directeur de l’école Saint-Cyr, est une parfaite illustration de ce fait. Il s’oppose à l’état-major en prenant parti pour les Saïdi, contrairement à ce à quoi l’on aurait pu s’attendre. Cependant, plutôt que de marquer une fracture à l’intérieur de l’institution militaire, le film, par son économie, fait de son choix avant tout l’expression de considérations affectives. Caïllard prend parti pour Aïssa parce que sa mort lui rappelle celle de sa fille ; il voit donc en Aïssa un individu dont il aurait dû prendre soin d’une manière quasi-filiale. Qui plus est, il conçoit la mort d’Aïssa comme le fait de mauvais éléments de l’école Saint-Cyr qui ternissent son image et ne méritent donc pas d’en faire partie. Le personnage de Caïllard permet de rapprocher l’intrigue de Pour la France de celle de A Few Good Men (1992), où les motivations sont avant tout d’ordre affectif, personnel et familial, isolées du sociétal, du politique, ou de l’historique.[8]
Ainsi en va-t-il de l’ensemble de Pour la France. Le film esquive les aspects structuraux et de longue durée que son récit implique, les plus évidents étant la place de la race, du colonial, de la migration et des banlieues. Il n’y a que deux moments qui rappellent l’histoire coloniale : l’ouverture, avec le chant militaire « Commando d’Afrique », et un bref dialogue entre Ismaël et son père Adil quand celui-ci tente de voir le corps d’Aïssa. Durant ce dialogue, Adil insiste pour qu’Aïssa soit “enterre[r] chez lui, dans son pays, sur une colline ensoleillée. Tu préfères confier ton frère à des colons ? C’est l’armée française qui l’a tué.” (0:31:40)Mais ces deux moments illustrent plutôt le refus d’engager la place du colonial. Le chant n’est jamais commenté ou relié à quoi que ce soit, y compris cinématographiquement. Il en va de même avec la remarque d’Adil. La migration a lieu dans une ellipse, entre la première série d’analepses et le présent, qui n’est jamais comblée ni discutée, à peine évoquée. La banlieue n’est repérable que par l’architecture visible de quelques plans, et par la séquence qui clôt le film durant laquelle Aïssa et Ismaël se mettent spontanément à rapper, à pleine voix, la chanson « Pour ceux » de Mafia K’1 Fry, dans un taxi ramenant Ismaël à l’aéroport de Taïwan. Similairement, la place de la race n’est évoquée que durant trois brefs dialogues. C’est d’abord durant l’analepse de Taïwan. Lorsqu’Aïssa déclare son désir de devenir officier pour l’armée française, il admet qu’il rêve de devenir le premier général français d’origine maghrébine, et Ismaël de riposter qu’Aïssa ne sera rien de plus qu’un « Saddam Hussein. » (0:52:47) Plus tard, lorsqu’Ismaël discute de la mort d’Aïssa avec des amis de la cité, un des amis suggère que le comportement de l’état-major aurait été différent si Aïssa avait été un « babtou, genre, j’sais pas moi, Michel ou François. » (1:08:30) Le troisième et dernier moment où la race est évoquée est lorsqu’Ismaël discute de la mort d’Aïssa avec le cadet de la famille, Yacine, joué par Elyes Aguis. Durant ce dialogue, Yacine déclare avoir entendu sur BFM TV que Saint-Cyr est une école raciste ; Ismaël de rétorquer : « Rentre pas là-dedans. » (0:55:12) Le film suit à peu près constamment cette ligne de refus.
Si la race et la colonisation sont dangereuses à évoquer, c’est parce qu’à l’inverse d’unvisage en gros plan, elles échappent à l’appréhension directe, et cela justement parce qu’elles sont de l’ordre de la structure et de la longue durée. Ce fait est explicité par Ismaël lui-même. Un journaliste le rencontre dans l’espoir d’attaquer l’institution militaire en rendant justice à Aïssa. À ce projet, Ismaël répond : « si c’est la faute du système, c’est la faute de personne. » (1:10:19) Similairement, le Général Ledoux, l’un des généraux de l’état-major (Laurent Capelluto), et le Général Caïllard évoquent l’importance des symboles durant l’une des seules séquences non focalisées sur Ismaël. Dans celle-ci, lorsque Caillard tient à préciser que « [les Saïdi] ont très conscience de l’importance des symboles », Ledoux répond, « tout comme nous Alexandre, tout comme nous. » (1:04:00-08) Mais le symbolique pour les généraux est uniquement une question « d’image » ; il en va de la réputation de Saint-Cyr. Et là encore, la brève discussion prend fin, suspendue et déconnectée, sans que se forme quelque chose comme une analyse, voire même une question. L’affect prend plus ou moins toute la place dans Pour la France ; la société, le politique ou l’histoire ne sont que de vagues fantômes qui sourdent pour s’évanouir à nouveau derrière des prises de vue serrées sur des visages en peine. À certains égards, l’élimination de la question du statut légal — puisque les Saïdi sont citoyens français et non pas sujets ou étrangers — accélère et facilite une telle fantômisation. Devoir faire face au statut, c’est devoir faire face à la structure et à l’histoire qui l’ont produit. Les aspects structuraux et les phénomènes de longue durée deviennent peu ou prou illisibles, et avec eux la possibilité d’expliquer le pourquoi de la trajectoire d’Aïssa et de la réaction de l’état-major, y compris la place du deuil face à cette situation.

Pédagogiquement, Pour la France est un film passionnant pour enseigner la relation entre colonisation, migration, identité nationale française, et armée, si l’on se propose de considérer les questions qu’il laisse sans réponse. Il a la qualité de commencer là où bien des films militaires sur les populations des anciens empires français s’arrêtent, c’est-à-dire sur le deuil. Indigènes se termine sur Abdelkader (Sami Bouajila) — seul survivant de son unité de soldats sujets coloniaux français — marchant parmi des tombes militaires musulmanes en Alsace où il vit désormais ; Tirailleurs se termine avec la possibilité que le soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe, clef de voute du deuil national après la première guerre mondiale, soit Diallo, le père de Thierno joué par Omar Sy. Pour la France fait de ce deuil l’objet de son film, permettant d’interroger sa place aujourd’hui dans l’intégration, la transformation, ou le refus de la nation française des populations émigrées des anciennes colonies, ainsi que le rôle de l’armée française vis-à-vis de ce deuil. Tout comme dans Tirailleurs ou Indigènes, les personnages de Pour la France sont habités par un désir d’être Français quel qu’en soit le coût, mais ce coût n’est pas la guerre et le risque de la mort au combat, c’est l’impératif d’un deuil rendu impossible par la France et son armée. L’élimination de la question du statut légal de l’époque coloniale n’a pas éliminé l’inégalité, elle l’a déplacée et invisibilisée. Mais Pour la France permet aussi d’explorer ce qui fait qu’un film est à même d’articuler une analyse politique, sociale ou historique, et ce qui est gagné et/ou perdu lorsqu’un film refuse une telle analyse. Ainsi que je l’ai souligné, Pour la France se positionne pleinement dans l’affectif, l’individuel et le familial, dans un effort de faire ressentir la douleur du deuil, son caractère insupportable né de trajectoires particulières, au point que le film ne peut expliquer la tragédie qu’il raconte. Tout cela vient strictement de choix cinématographiques et scénaristiques. Ce refus de traiter l’individuel et le structurel simultanément peut se retrouver dans une certaine mesure dans la pratique pédagogique elle-même. L’enseignement cinématographique se concentrant sur le sociétal et/ou le structurel tend à utiliser des catégories homogènes et prendre un point de vue large où se perdent les situations individuelles et leurs nuances. Au contraire, un enseignement centré sur les trajectoires des personnages rend visible la complexité de leur dimension affective, mais au détriment du sociétal et/ou structurel justement voilés par cette complexité. Partir des limites et des forces d’un film tel que Pour la France peut être une manière de conjuguer les deux angles, de pouvoir enseigner le chaos du vécu avec l’analyse structurelle, et vice versa.
Primary materials :
Rachid Bouchareb, Indigènes (2006) Algérie, Belgique, France, Maroc. 128 min. Color. TF1 vidéo (2007)
Rachid Hami, Pour la France (2022) France, Taïwan. 113 min. Color. Memento Distribution (2023)
Mathieu Vadepied, Tirailleurs (2022) France, Sénégal. 100 min. Color. Gaumont (2023)
Secondary sources :
Laure Blévis, “La citoyenneté française au miroir de la colonisation,” Genèses 53(2003): 25-47.
André-Paul Comor ed., La Légion étrangère : Histoire et dictionnaire, (Paris: Robert Laffont, 2013).
Didier Fassin, La raison humanitaire : une histoire morale du présent (Paris: Seuil, 2010).
Léon Gambetta, “Discours de M. Gambetta prononcé à Bordeaux le 26 juin 1871”.
James D. Le Sueur, Algeria Since 1989: between terror and democracy (New York: Palgrave Macmillan, 2010).
Christy L. Pichichero, The Military Enlightenment (Ithaca: Cornell University Press, 2017).
Benjamin Stora, La Guerre invisible. Algérie années 90 (Paris: Presses de Sciences Po., 2000).
Patrick Weil, “Le statut des musulmans en Algérie coloniale,” Histoire de la Justice 16(2005): 93-109.
[1] On peut concevoir le premier empire colonial comme celui qui débute avec les conquêtes outre-mer du régime Bourbon et prend fin avec la défaite de Napoléon par la révolution haïtienne et la subséquente vente de la Louisiane française. Le second empire commence avec la conquête de l’Algérie et se termine avec l’indépendance de l’Algérie.
[2] Sur la “raison humanitaire” comme justification pour la guerre, et sa relation avec la mission civilisatrice, cf. Didier Fassin, La raison humanitaire : une histoire morale du présent (Paris: Seuil, 2010).
[3] Ainsi, Léon Gambetta, dans un discours au lendemain de la guerre franco-prussienne, déclara: “lorsqu’en France un citoyen est né, il est né un soldat.” (Léon Gambetta, “Discours de M. Gambetta prononcé à Bordeaux le 26 juin 1871,” https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58375561/texteBrut)
[4] Sur la relation entre l’empire français, l’utilisation de soldats colonisés ou étrangers, et la construction de l’idée de nation française à l’époque formatrice des lumières, cf. Christy L. Pichichero, The Military Enlightenment (Ithaca: Cornell University Press, 2017), particulièrement le chapitre IV. L’une des principales promesses faites à ces premières troupes coloniales ou étrangères fut la naturalisation.
[5] La Légion étrangère fut créée par Louis-Philippe en 1831. Ce corps d’armée n’est composé que de volontaires. Aujourd’hui, la Légion étrangère permet de demander la citoyenneté française après un service militaire de cinq ans. Toute personne légalement étrangère (y compris un binational français) de dix-sept ans et demi à trente-neuf ans et demi peut postuler. Pour une introduction à la Légion étrangère, cf. André-Paul Comor ed., La Légion étrangère : Histoire et dictionnaire, (Paris: Robert Laffont, 2013).
[6] Pour une introduction à la différence entre sujet et citoyen dans le second empire français, et la question de la naturalisation de ces sujets, cf. Patrick Weil “Le statut des musulmans en Algérie coloniale,” Histoire de la Justice 16(2005): 93-109 ; Laure Blévis, “La citoyenneté française au miroir de la colonisation,” Genèses 53(2003): 25-47. Laure Blévis estime que les soldats colonisés auraient représenté environ 27% des 2 000 naturalisations qui ont eu lieu en Algérie coloniale de 1870 à 1919 (Blévis, pp. 40). Le statut de sujet fut remplacé par celui de citoyen de l’empire durant les réformes des années 1950. Il est important de noter que légalement un sujet n’était pas un étranger, quand bien même ces droits théoriques tenaient bien plus de ceux d’un étranger que d’un citoyen français.
[7] Ladite décennie noire est une période de guerre entre le gouvernement algérien et des milices islamistes fondamentalistes, notamment le FIS (Front Islamique du Salut), le AIS (l’Armée Islamique du Salut) et le GIA (Groupe Islamique Armé). Ce conflit aura été émaillé de massacres, commis notamment par les milices et en particulier le GIA. Le nombre total de victimes s’élève à plusieurs dizaines de milliers. Pour plus à ce sujet cf. Benjamin Stora, La Guerre invisible. Algérie années 90 (Paris: Presses de Sciences Po., 2000) ou encore James D. Le Sueur, Algeria Since 1989: between terror and democracy (New York: Palgrave Macmillan, 2010).
[8] Référence au drame judiciaire et militaire A Few Good Men [Des hommes d’honneurs] (1992), écrit par Aaron Sorkin et réalisé par Rob Reiner, qui suit une logique similaire mais où la justice peut au contraire être rendue justement parce qu’il n’est question que d’individus isolés dans leur personne.